IPO de Robinhood (HOOD) : ce qu’il faut savoir avant d’investir dans ce broker US

Robinhood est probablement l’un des brokers les plus connus du moment. Ce courtier américain a en effet démocratisé l’accès aux marchés boursiers à un moment plus que propice (confinement du COVID-19, chèques de relance, surchauffes des meme stocks, etc.). L’entreprise va désormais s’introduire en bourse via une IPO très attendue, probablement l’un des grands évènements boursiers de 2021. Quand aura-t-elle lieu ? Quels sont les fondamentaux de Robinhood ? Devriez-vous investir quelques billets dans l’action HOOD ? Nous faisons le point pour vous !

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IPO de Robinhood (HOOD) : ce qu'il faut savoir avant d'investir dans ce broker US 1

Table des matières

Robinhood, habile Robin des Bois des bourses américaines

Une entreprise née d’une idée : démocratiser la finance

Robinhood a été fondée en 2013 à Stanford par Baiju Bhatt & Vladimir Tenev, colocataires et camarades de classe. Issus du monde académique et grâce à leur bagage financier, ils ont rapidement compris comment les grandes entreprises de Wall Street négociaient en toute discrétion pour leurs propres activités boursières.

Ces dernières ne payaient presque rien pour négocier des actions, tandis que la plupart des Américains devaient payer une commission pour chaque transaction. Des frais parfois très élevés, qui ont permis à une idée de germer : créer un produit financier qui donnerait à tout le monde, pas seulement aux riches, l’accès aux marchés financiers. En somme, démocratiser la finance, pour toutes et tous.

Baiju Bhatt & Vladimir Tenev, fondateurs de Robinhood

Nous pensons que le système financier doit être conçu pour fonctionner pour tout le monde. C'est pourquoi nous créons des produits qui vous permettent de commencer à investir à votre rythme, selon vos propres conditions.

Mission de Robinhood, telle que définie par Baiju Bhatt & Vladimir Tenev, ses fondateurs

Bhatt et Tenev créèrent donc Robinhood, dont le nom est une référence à un personnage de légende mieux connu dans nos contrées sous le nom de… Robin des Bois, célèbre défenseur des pauvres et des opprimés. Un brigand du moyen-âge qui détroussait les riches au profit des pauvres et du peuple. Au regard de la mission de Robinhood, cette référence est limpide !

Désormais, l’entreprise veut devenir « l’application d’argent la plus fiable, la moins chère et la plus culturellement pertinente au monde, à l’épicentre de la finance, de la technologie et de l’accès pour tous ».

Le modèle économique de Robinhood : complexe mais (très) rentable, d'autant plus avec la pandémie de COVID-19

Comme l’expliquait Devin Ryan de JMP Securities, la pandémie a constitué un parfait concours de circonstances (« a perfect storm ») pour le négoce boursier à destination des investisseurs particuliers. La volatilité, le travail à domicile, l’ennui, l’accélération de la numérisation des services et les chèques de relances américains (les fameux « stimulus checks ») ont considérablement augmenté la capacité d’investissement d’une bonne partie de la population, souvent jeune (les milléniaux).

Le modèle économique de Robinhood mérite d’être expliqué, tant il commence à influencer le secteur des courtiers et parce que pour bien investir dans une entreprise, il convient de bien comprendre son fonctionnement. 

Comme toute entreprise qui se respecte, le but de Robinhood est de générer des revenus et d’en dégager un bénéfice. N’en déplaise à Robin des Bois.

Robinhood HOOD IPO 2021 Investir

Pour y arriver, plusieurs sources de revenus existent :

  1. Les intérêts (via du prêt sur marge, du prêt de titre, etc.)
  2. Des services premiums (Robinhood Gold, cartes de débit, etc.)
  3. Les revenus basés sur les transactions (d’actions, d’options et de cryptomonnaies)

Cette dernière source est de loin la plus importante. Pourtant, Robinhood se targue d’être un courtier sans commissions de courtage. Une transaction chez Robinhood est gratuite… Du moins, en apparence.

Répartition des sources de revenus sur l'année fiscale 2020

Robinhood pratique en fait le paiement pour flux d’ordre (Payment for order flow, PFOF), une pratique controversée où le courtier transmet les ordres de ses clients non pas directement aux places boursières, mais à des teneurs de marchés (comme Citadel Securities ou Two Sigma Securities). Ces teneurs de marchés ont pour objectif d’assurer en toute circonstance la liquidité des titres échangés sur les marchés boursiers, souvent via du trading haute fréquence. 

Pour s’acquitter de cette tâche, ces teneurs de marchés ont donc besoin d’acquérir des titres en grandes quantités, à la vente ou à l’achat. Des titres que Robinhood apporte sur un plateau d’argent en échange d’une commission.

Robinhood et le système de paiement pour flux d'ordre
Prenons l’exemple d’un client de Robinhood qui souhaite acheter 100 actions de Nokia. Au final, le teneur de marché et Robinhood repartent avec 2 $ de profit, et l’investisseur reçoit 100 actions de Nokia pour 400 $. Sauf qu’il aurait pu les acheter pour 398 $ s’il avait pu directement interagir avec la place boursière (ici, le NYSE). Il y a donc une forme de "frais" invisibles ... Source de l’infographie.

Pour résumer :

  1. Un investisseur passe un ordre d’achat ou de vente d’actions grâce à l’application Robinhood
  2. Robinhood transmet cet ordre à un teneur de marché pour qu’il exécute la transaction. Le teneur de marché paie Robinhood en fractions de centime pour lui avoir apporté cet ordre. D’où le terme « paiement pour flux d’ordre ».
  3. Enfin, la transaction est exécutée par le teneur de marché, via du trading à haute fréquence. Ce faisant, il participe à apporter de la liquidité aux marchés.

Tout le monde semble gagnant :

  • Robinhood n’a pas à gérer elle-même l’exécution des transactions et, encore mieux, l’entreprise y gagne quelque chose ;
  • Les teneurs de marchés ont accès à de vastes volumes de transactions, d’autant plus suite à l’afflux d’utilisateurs sur Robindhood depuis début 2020 ;
  • L’investisseur n’a pas de frais de courtage.

En apparence tout du moins ! En effet, bien que le teneur de marché s’engage à fournir la meilleure qualité d’exécution possible pour chaque transaction, cela ne signifie pas pour autant qu’elle devra s’exécuter au meilleur prix. En pratique, le teneur de marché va généralement profiter de la transaction en achetant des actions à des prix légèrement inférieurs au prix auquel ces actions sont vendues. Il joue alors sur le spread bid-ask, l’écart entre l’offre et la demande, pour son propre profit. L’infographie ci-dessus illustre bien la situation.

Il en résulte que les teneurs de marchés vont chercher à exécuter des transactions à des prix qui leur sont rentables, mais qui peuvent ne pas être dans le meilleur intérêt de l’investisseur particulier. En fin de compte, ce dernier paiera plus cher que s’il avait utilisé un courtier traditionnel, à frais de courtage, mais en communication directe avec la place boursière. Les frais de courtage sont en fait invisibles, car générés par le comportement du teneur de marché. Sauf que l’investisseur n’en aura pas conscience

Evolution du PFOF chez Robinhood entre 2020 et 2021

Source : Piper Sandler, SEC filings

 
 
 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette façon de fonctionner (qui n’est pas propre à Robinhood, loin de là) est très rentable. Selon un rapport de Piper Sandler, au début de la pandémie, Robinhood a pleinement profité de l’engouement boursier pour améliorer sa rentabilité grâce à ce système de revenus basés sur les transactions et le paiement pour flux d’ordre.

Ses revenus basés sur les transactions ont ainsi augmenté de 340 % entre les premiers trimestres de 2020 et 2021. Ceux liés aux cryptomonnaies ont même bondi de 3743 % ! Robinhood gagnait 0,003 6 $ de frais par opération au premier trimestre 2020, ce qui avait permis au broker de gagner près de 96 millions de dollars toutes opérations confondues. Au deuxième trimestre, ces frais sont certes descendus à 0,003 0 $, mais grâce à un nombre bien plus élevé d’opérations, l’entreprise a malgré tout doublé ses revenus opérationnels, à 420 millions de dollars !

La face cachée du Robin des Bois : controverses, négociation d'ordres et dérives sur options

Au-delà de la controverse quant à la légalité du PFOF (interdit au Canada & en Europe), Robinhood traine également quelques casseroles derrière elle.

La gamification à outrance du processus d’investissement résonne auprès d’un public souvent jeune, très jeune, et pas spécialement éduqué à la finance. Cas extrême, l’histoire d’Alex Kearns, un jeune de 20 ans qui pensait avoir une dette de plusieurs centaines de milliers de dollars à la suite d’un trading d’options risqué … sur Robinhood. Il s’est suicidé faute d’avoir pu joindre le service client. Il s’agissait d’un bug, mais la prise de risque du malheureux était bien réelle, ce qui l’a induit en erreur. Nous ne le dirons jamais assez : comprenez dans quoi vous investissez, car investir comporte des risques de pertes. Encore plus lorsqu’il s’agit d’options.

Autre exemple, les mèmes stocks. Les phénomènes GameStop, AMC, BlackBerry, le canal Reddit WallStreetBets ne sont que le reflet de l’augmentation incontrôlée d’investissements risqués et irrationnels aux États-Unis. Les chèques de relance ont introduit énormément d’argent dans le système financier américain, de façon non ciblée. 

Robinhood meme stocks

Certaines personnes n’en avaient pas vraiment besoin et, l’ennui aidant, se sont mises à investir dans des actions de piètre qualité, pour s’amuser. De grosses dérives sont apparues, accompagnées de volumes gigantesques et de soupçons de manipulations de cours pour ne citer que deux exemples. Robinhood a même dû réduire, au plus fort de la meme stock mania, la capacité de ses clients à négocier certains titres. Cet épisode n’a pas manqué de questionner la notion d’accès universel aux marchés pourtant prônée par l’entreprise. 

En vérité, cette action était nécessaire, car Robinhood n’avait plus assez de liquidités pour se couvrir contre les risques de défauts de ses clients auprès des chambres de compensation. Cette opération de nécessité, liée aux excès nés de l’essor de Robinhood, a laissé une trace indélébile dans les comptes de l’entreprise, comme nous allons nous en rendre compte.

Robinhood en chiffres

Une croissance des revenus spectaculaires et un début de bénéfices à nuancer

Comme toute entreprise désirant devenir publique, Robinhood doit passer par la case du formulaire S-1, pour s’enregistrer auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC). Fort heureusement, l’entreprise a opté pour un S-1 public, ce qui permet d’étudier plus en détail son modèle économique, ses chiffres et réaliser de l’analyse fondamentale/financière.

Nous l’avons dit plus haut, la pandémie de COVID-19 a aidé Robinhood à se développer. Ce faisant, contrairement à de nombreuses IPO récentes, Robinhood a été rentable l’année dernière. Elle a en effet généré un bénéfice net de 7,45 millions de dollars sur un chiffre d’affaires de 959 millions de dollars en 2020. Ces chiffres sont à comparer à ceux de 2019, respectivement une perte de 107 millions de dollars sur 278 millions de dollars de revenus. 

Des revenus principalement tirés par les transactions réalisées par les utilisateurs de Robinhood (75 % des revenus nets totaux), et plus particulièrement des transactions d’options (46 % des revenus nets totaux). L’analyse de cohorte indique que la majorité des revenus proviennent d’utilisateurs récents, inscrits en 2020.

Des revenus en hausse de 245%

Répartition des revenus de transactions en 2020

Profitable grâce à la COVID-19

Il serait néanmoins malvenu de s’arrêter à cette seule comparaison entre 2019 et 2020. Ce serait en effet omettre cette perte monumentale de 1,4 milliard de dollars au premier trimestre 2021, due à une dépréciation de 1,5 milliard de dollars sur des obligations convertibles et des obligations de souscription. Cette belle épine financière est directement due aux pertes liées à la collecte de fonds d’urgence pendant la GameStop mania de janvier 2021, dont nous parlions plus haut.

En effet, pour satisfaire les chambres de compensation en pleine folie de trading Gamestop, Robinhood a du lever près de 3,5 milliards de dollars auprès d’investisseurs privés, de fonds de capital-risque (notamment Ribbit Capital, Iconiq ou encore Andreessen Horowitz) et de plusieurs banques. Cette levée de fonds s’est faite sous forme de titres financiers complexes (obligations convertibles et obligations au titre des bons de souscription) qui pourront être convertis en actions lors de l’IPO. Ceci, via une avantageuse remise de 30 % par rapport au prix de l’IPO (en grossissant le trait).

Robinhood, victime de la Gamestop Mania

Cela signifie donc que près de 3,5 milliards de dollars de titres convertibles seront convertis en actions d’une valeur de près de 5 milliards de dollars lors de l’IPO. Cette différence de 1,5 milliard de dollars, bien que n’étant pas une perte comptable à proprement parler, est reportée comme telle dans les comptes de résultat. C’est un choix de Robinhood, basé sur le principe d’option de la juste valeur (fair value option). Cette manœuvre financière a profondément impacté les capitaux propres de l’entreprise. Du côté du bilan, soulignons en effet un ratio de dette sérieusement élevé (0,95). Ceci clôt la parenthèse comptable ! 

Ce sombre excès qu’a été la Gamestop mania ne permettra pas à Robinhood d’être bénéficiaire en 2021. Il occulterait presque que l’entreprise a généré des revenus au premier trimestre de 2021 en hausse de 309 % par rapport au premier trimestre 2020. Avec une croissance fulgurante des transactions en cryptomonnaies (+1967 % !), notamment grâce à un certain Dogecoin…

Un formulaire S-1 très instructif sur les "Robinhooders"

Depuis 2013, la base d’utilisateur (les « Robinhooders ») est montée d’un peu moins de 40 000 à plus de 18 millions de comptes début 2021. Entre 2019 et 2020, la croissance du nombre d’utilisateurs a atteint 143 %. En 2020, sur 12,5 millions de comptes, 11,7 pouvaient être considérés comme actifs mensuellement, ce qui est plus que respectable quand on se souvient que Robinhood tire la majorité de ses revenus des transactions réalisées par ses utilisateurs.

De la même façon que Coinbase, Robinhood peut compter sur un puissant effet de réseau, ses utilisateurs pratiquant le bouche-à-oreille. Plus de 80 % des nouveaux comptes en 2020 et au cours des trois mois clos le 31 mars 2021 ont rejoint la plateforme de manière organique (sans coût marketing) ou grâce au programme de parrainage Robinhood.

Croissance base utilisateurs Robinhood
Robinhood a augmenté ses comptes financés, ceux qui ont des comptes bancaires qui leur sont liés, à 18 millions en mars de cette année contre 7,2 millions en mars 2020, soit une augmentation de 151 %. Source : S-1

L’entreprise s’enorgueillit d’élargir sa base d’utilisateurs en accueillant de nouveaux investisseurs sur sa plateforme. Par exemple, au 31 mars 2021, environ 70 % des actifs gérés par Robinhood provenaient de clients âgés de 18 à 40 ans, et l’âge médian des clients sur la plateforme est de 31 ans. Plus de la moitié des clients de Robinhood affirment qu’il s’agit là de leur premier compte de courtage.

Et selon une étude de marque interne, plus de la moitié des 18-44 ans aux États-Unis savent qui est Robinhood. L’entreprise serait-elle en train de développer un rempart concurrentiel avec sa marque, apte à soutenir sa croissance et donc ses revenus ?

L’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que la clé de voute du modèle économique de Robinhood repose sur l’adoption continue de sa plateforme par de nouveaux clients. Il n’est dès lors pas exclu que l’entreprise s’essaie à d’autres marchés, hors des États-Unis. Elle affiche ouvertement cette idée dans ses pistes de croissance future. De quoi faire de l’ombre à BUX, qui cherche justement à devenir un équivalent de Robinhood en Europe ?

Des risques non négligeables à garder à l'esprit

Un dernier mot sur les principaux risques identifiés dans le formulaire S-1 avant d’analyser plus finement l’IPO et la valorisation de Robinhood.

Premièrement, l’entreprise est relativement jeune. Elle a commencé ses activités en 2013, lancé publiquement son premier produit en 2015, et a depuis continué à introduire de nouveaux produits et services, mais, en pratique, son modèle économique n’a pas encore fait ses preuves. De par la haute dépendance des revenus envers les transactions, le modèle pourrait être peu résilient (mix du chiffre d’affaires pauvre). Encore plus vu sa récente dépendance aux cryptomonnaies (et le Dogecoin).

Et que dire de la résilience du modèle si la SEC commence à s’intéresser à la pratique du PFOF ? En effet, qui nous dit que cette puissante autorité américaine (ou une autre autorité réglementaire/législative) n’adoptera pas dans le futur une position plus ferme vis-à-vis de cette pratique du PFOF, controversée à bien des égards ?

PFOF Robinhood HOOD IPO Investir
Déjà en mai 2019, une enquête émettait des doutes sur la pratique du PFOF et la qualité d’exécution chez Robinhood. S’en est suivie une amende de 65 millions de dollars en décembre 2020 pour clore le sujet. Il serait enfin malvenu que le PFOF soit perçu négativement par le public, car cela impacterait la croissance de la base d’utilisateurs, donc les revenus. Source : S-1

Deuxièmement, l’entreprise est bien consciente qu’elle a connu une croissance fulgurante ces derniers trimestres, ce qui amène son lot de risques :

  • Expérience limitée dans l’exploitation d’une entreprise à une telle échelle/taille ;
  • Ici plus que jamais, il serait inconscient de se fier aux chiffres du passé pour inférer toute performance future. Une croissance des revenus de 245 % comme entre 2019 et 2020 n’est pas tenable dans la durée. D’autant qu’une telle croissance risquerait d’exacerber les difficultés de l’entreprise à opérer à une si grosse taille si tôt dans son histoire ;
  • Le maintien de liquidités adéquates est essentiel aux activités de Robinhood. Or, l’engouement des actions mèmes couplé à une énorme croissance d’utilisateurs a déjà prouvé que l’entreprise reste fragile au niveau liquidité. Souvenez-vous de la levée de capitaux en urgence et du trou déficitaire abyssal laissé au premier trimestre 2021.

Troisièmement, plus de 50 recours collectifs sont en cours et au moins 7 enquêtes réglementaires pèsent sur Robinhood. Le chemin qui s’annonce risque donc d’être très périlleux du point de vue judiciaire et législatif ! L’entreprise peut néanmoins compter sur son Chief Legal Officer Daniel Gallagher, un ancien de la SEC grassement rétribué en 2020 (30 millions de dollars, principalement en actions).

Berkshire Hathaway Vice President Charlie Munger

Eh bien, c'est assez flagrant au travers du momentum de trading des investisseurs novices attirés par de nouveaux types d'opérations de courtage comme Robinhood. Je pense que toute cette activité est regrettable. Je pense que la civilisation s'en sortirait mieux sans elle.

Charlie Munger, VP de Berkshire Hathaway, à propos des « affreux excès » du système financier actuel

Enfin, Robinhood fait partie d’un marché très concentré géographiquement (États-Unis uniquement pour l’instant) et très concurrentiel. L’entreprise fait face à des poids lourds mieux établis qu’elle, qui n’hésitent pas à consolider pour accroître leurs parts de marché. Charles Schwab a ainsi conclu l’acquisition de TD Ameritrade pour 26 milliards de dollars, Morgan Stanley a acheté E-Trade. D’autres courtiers du même acabit que Robinhood sont également en train de se développer agressivement aux États-Unis, comme moomoo (de Futu Holdings) ou WeBull.

L'IPO de Robinhood (HOOD) : notre analyse

Prix & valorisation

Maintenant que nous comprenons le modèle économique de Robinhood et l’année incroyable que l’entreprise a vécue à la suite de la pandémie de COVID-19, passons au délicat exercice de valorisation. Un exercice d’autant plus délicat vu les particularités de Robinhood !

C’est parti ! Selon Forbes, Robinhood était valorisée à 12 milliards de dollars en septembre 2020, lors d’une levée de fonds privée, pour grimper à environ 20 milliards de dollars à la fin de la même année. Ensuite, la valorisation aurait doublé pour atteindre 40 milliards de dollars en février 2021. C’est en tout cas le prix atteint par les actions privées de Robinhood sur le marché secondaire, selon un analyste de Bloomberg Intelligence. Une valorisation qui semble confirmée par plusieurs personnes familières avec les plans de l’entreprise selon le Financial Times. De son côté, S&P Global Market Intelligence situe la valorisation de Robinhood à 30 milliards de dollars minimum. Plus récemment, la fourchette d’introduction annoncée de 38 à 42$ par action se traduit par une valorisation boursière allant de 27 à 35 milliards de dollars.

Avec une telle valorisation, Robinhood se retrouverait propulsée dans la cour des large-caps américaines du secteur des entreprises financières. C’est équivalent à un quart de la capitalisation boursière de Charles Schwab. Sauf que là où Robinhood traite à peu près 81 milliards de dollars d’actifs, Charles Schwab en gère 80x fois plus (6,69 billions, ou 6690 milliards, de dollars).

enseigne d'une banque du secteur financier
Pour vous donner une idée, à ce niveau de valorisation, Robinhood vaudrait grosso modo le double de la Société Générale, et un peu plus que le Crédit Agricole, deux des principales banques françaises...

Partons malgré tout de cette fourchette de 27-35 milliards de dollars comme hypothèse de capitalisation boursière. Nous savons également que la société a déclaré avoir un passif total de 14,4 milliards de dollars et 4,8 milliards de dollars de liquidités au 31 mars 2021. Ce qui donne une valorisation d’entreprise totale d’environ 36,6-44,6 milliards de dollars (capitalisation + dettes – liquidités).

Avec cette valorisation, et en utilisant les chiffres des revenus et de l’EBITDA ajusté de 2020, Robinhood se négocierait à des ratios Valorisation/Revenus (EV/R) d’environ 38-47x et Valorisation/EBITDA (EV/EBITDA) d’environ … 237-289x, respectivement. Le ratio P/E, plus classique, est quant à lui grotesque, à 3625-4699x. Il est cependant explicable puisque mettant en relation la capitalisation supposée élevée (27-35 milliards de dollars) aux maigres bénéfices nets reportés en 2020 (7,45 millions de dollars). Il n’est donc pas pertinent.

Ce sont là des ratios qui dépassent largement ce qui peut être attendu d’une entreprise de croissance, même technologique. Ce que n’est pas Robinhood, rappelons-le. C’est une entreprise financière, un courtier, au même titre qu’un mastodonte comme Charles Schwab, ou des courtiers plus proches de nous comme DEGIRO ou BUX.

Cette prime est donc difficilement justifiable. Cependant, 3 arguments de croissance peuvent être mis sur la table pour mettre un peu de raison dans ces chiffres. Ils sont, selon nous, intimement liés à une ébauche d’avantages concurrentiels futurs :

  1. Développement à l’international : Robinhood annonce clairement identifier une opportunité significative de développement à l’international. Nous y voyons aussi une opportunité de réduction des coûts, ce qui améliorera sa marge opérationnelle (avantage concurrentiel de type « économie d’échelle »). Elle compte notamment sur Europe et sur l’Asie pour alimenter le point suivant ;
  2. Accroissement de la base d’utilisateurs : nous l’avons dit, le cœur des revenus de Robinhood, ce sont les transactions de ses utilisateurs. Qui dit plus d’utilisateurs dit donc plus de transactions, plus de revenus et, à terme, un bénéfice supposé si l’entreprise maîtrise ses pertes & dépenses. L’entreprise considère avoir encore de la marge pour développer sa base de clients, que ce soit aux États-Unis ou ailleurs (via le point précédent). Historiquement, la majorité des clients ont rejoint la plateforme de manière organique ou via le programme de parrainage Robinhood, comme expliqué plus haut ; les augmentations prévues en marketing à l’avenir entraîneront une plus grande notoriété de la marque (avantage concurrentiel de type « actif intangible ») qui pourra accélérer davantage sa croissance (inorganique cette fois). 
  3. Être présent partout, pour tous, tout le temps : au fur et à mesure que la base de clients et que le patrimoine moyen par client augmente, Robinhood devra offrir plus de services pour répondre à leurs nouveaux besoins financiers. L’innovation de produits devrait l’y aider, et ce pourrait être une façon de fidéliser le client dans l’écosystème Robinhood (avantage concurrentiel de type « coût de changement élevé »).

Date & modalités de l'IPO de Robinhood

Actuellement, la date de l’IPO de Robinhood n’est pas encore officielle. Cependant, selon CNN Business, l’application de trading devrait être côtée le 28 juillet pour ensuite commencer à être négociée sur le NASDAQ le 29 juillet (selon une personne proche du dossier. Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite pour être tenu informé.e de nos mises à jour !

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Robinhood proposera des actions ordinaires de classe A au travers d’une cotation sur le NASDAQ, sous le ticker HOOD. Au total, 55 millions d’actions devraient être mises en vente, dans une fourchette de prix allant de 38 à 42$. En parallèle, les banques garantes de l’IPO auront la possibilité d’acheter 5 500 000 actions supplémentaires dans le cadre de la transaction. En tout, l’entreprise espère lever jusqu’à 2,3 milliards de dollars lors de l’IPO.

Ce que nous savons également, c’est que Robinhood va mettre à profit sa fonctionnalité « Pre-IPO orders », qui vise à « démocratiser » l’accès des IPO au grand public. Et quel meilleur exemple d’application que sa propre IPO ?

Qui pourra en bénéficier ? Les Robinhooders, bien évidemment. La société a déclaré qu’elle prévoyait de mettre 20 à 35 % de ses actions de classe A à la disposition des Robinhooders au travers de son application. L’effervescence monte sur Reddit, entre intéressés et détracteurs. Cela devrait ajouter une belle dose de volatilité aux premiers pas de l’entreprise en bourse…

Comment et où participer à l'IPO de Robinhood ?

Le jour de l’introduction, vous devrez vous tourner vers votre courtier. C’est lui qui vous permettra de participer ou non à l’IPO de Robinhood. Et cela dépendra de sa rapidité à amener la cotation sur sa plate-forme.

DEGIRO, par exemple, avait permis de participer relativement rapidement aux IPO de Palantir, Snowflake,  Airbnb & Coinbase dont nous avions fait l’analyse ces derniers mois. N’hésitez pas à aller jeter un œil à notre analyse de ce courtier low cost, très bon de notre point de vue.

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Attention, investir comporte des risques de perte.

Conclusion : faut-il investir dans l'IPO de Robinhood et acheter l'action HOOD ?

Ce qui suit est un avis purement personnel. Il ne doit pas être lu comme une incitation à participer ou non à l’IPO.

Que penser de Robinhood ? J’y vois une entreprise qui a grandi trop vite et qui se retrouve confrontée à de grands défis trop vite et, surtout, trop tôt dans son histoire.

Une grande partie du formulaire S-1 d’IPO est consacrée à la façon dont Robinhood a tiré des leçons de sa courte, mais néanmoins mouvementée existence. L’entreprise cherche clairement à éviter de trébucher de nouveau sur les mêmes pierres à l’avenir.

C’est tout à fait louable, cependant, je reste très pessimiste quant à leur croissance à moyen/long terme. Le postulat actuel, qui sert de base à la valorisation actuelle de près de 50 milliards de dollars, est que le trading et l’investissement continueront de croître de manière durable et significative dans le monde post-pandémie. L’entreprise espère qui plus est capter de façon agressive cette croissance.

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Sauf que c’est une hypothèse. Il n’est pas dit que les jeunes, les milléniaux et autres groupes de son public cible continueront à investir/trader de la même façon une fois que la vie aura repris son cours normal. Il est en effet plus simple de réaliser ce genre d’activités comme les loisirs, les dépenses extra, etc., sont au point mort. À quoi ressemblera Robinhood dans un marché normal, après le boom que nous avons connu depuis le mois de mars 2020 ? Pire, comment Robinhood va aborder un vrai marché baissier ? Actuellement, nous n’en avons aucune idée.

De plus, la pérennité du modèle économique est franchement discutable. Très dépendants du volume total de transactions, les revenus de Robinhood pourraient être mis à mal pour peu que le système de PFOF soit remis en question. Rappelons que cette technique financière est en principe interdite en Europe. Enfin, les revenus de Robinhood risquent d’être très sensibles à l’évolution des cryptomonnaies, ce qui ajoute une couche de risque à la qualité des résultats futurs.

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Une des forces de Robinhood reste définitivement sa marque. Si l’entreprise arrive à la préserver des éclaboussures de boue sur sa route (nouveaux scandales, PFOF, cryptomonnaies, la liste est longue !), je pense que la marque « Robinhood » est clairement le plus bel atout de l’entreprise. Même ici en Europe, nous sommes nombreux à connaître l’entreprise alors qu’elle n’opère pas dans nos pays ! 

Néanmoins, je ne compte pas toucher à cette IPO ni à Robinhood à moyen terme. Le modèle économique me semble bien trop risqué pour le moment et j’estime avoir besoin de plus de preuves quant à la résilience du modèle économique et la respectabilité de l’entreprise sur le plan des bonnes pratiques financières. Peut-être plus tard, une fois l’exercice fiscal 2021 passé ?
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