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IPO de Palantir en 2020 : devriez-vous investir dans cette mystérieuse entreprise du big data ?

Entreprise plus que discrète aux yeux du grand public, Palantir Technologies est pourtant un acteur américain incontournable du secteur du big data. L’entreprise fournit ses services à bien des domaines, de la santé à la finance, en passant par des clients plus sensibles comme le renseignement américain ou … la DGSI. Analyse de cette entreprise de l’ombre, dont le voile de mystères commence à peine à se lever en vue d’une très prochaine introduction en bourse. Faudra-t-il participer à cette IPO ? Éléments de réponses.

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En note préliminaire, le rédacteur signale ne pas posséder d’intérêts financiers envers Palantir Technologies à l’heure de rédiger cet article. Ce dernier n’est en aucun cas une incitation à l’achat ou à la vente d’actions Palantir Technologies, lors de l’IPO ou ultérieurement.

Palantir Technologies, licorne du big data & augure américain

Présentation de l’entreprise

Palantir Technologies, dont le nom est une référence à la « Pierre de Vision » de l’univers du Seigneur des Anneaux, a été cofondée en 2004 par plusieurs entrepreneurs américains dont Peter Thiel (co-fondateur du géant PayPal). L’entreprise a d’ailleurs comme bases logicielles d’origine certains systèmes informatiques développés par PayPal. Divers financements extérieurs sont également à noter dont ceux d’In-Q-Tel, société affiliée à la CIA, l’une des agences de renseignement les plus connues des États-Unis d’Amérique.

Depuis sa création il y a 16 ans, Palantir Technologies s’est spécialisée dans le développement et la commercialisation d’outils de visualisation et d’utilisation d’énormes masses de données (le big data), grâce à ses logiciels et technologies propriétaires. Ces derniers (comme Palantir Foundry et Palantir Gotham) semblent conçus pour pouvoir être utilisés par tout un chacun, pour peu d’être client de l’entreprise. Pas de compétences informatiques poussées requises ni d’utilisation de langages de programmation : tout semble fait pour être le plus « user friendly« , le plus visuel possible. L’exploitation des données, plus complexe, reste confiée à Palantir.

Le Big Data

Le Big Data est un terme qui désigne le type d’ensembles de données trop volumineux ou trop complexes pour les applications de traitement de données traditionnelles. Il est défini comme ayant une ou certaines des caractéristiques suivantes : volume élevé, vitesse élevée ou grande variété. Le trafic de données mobiles en croissance rapide, le développement rapide de technologies telles que l’intelligence artificielle (IA) et l’Internet des objets (IoT) ou encore l’essor du cloud computing contribuent tous à l’augmentation du volume, de la vitesse d’échange et/ou de la complexité des ensembles de données.

L’essor et surtout l’exploitation du big data, via les data sciences, sont dans l’air du temps. Les perspectives économiques associées sont énormes, comme en témoignent les deux graphes ci-dessous (données projetées à partir de 2020, source : Statista) :

Le marché mondial du big data devrait atteindre 103 milliards de dollars américains d’ici 2027, soit plus du double de sa taille en 2019. Avec une part de près de 45 %, le segment des logiciels (où évolue Palantir Technologies) deviendrait le grand segment du marché du big data d’ici 2027.

De plus, le big data ayant un domaine d’utilisation très large, les sociétés privées y évoluant pourront développer des activités et modèles d’entreprises variés. Des études environnementales à la gestion des risques en passant par la médecine, l’IoT ou encore la sécurité et la lutte contre la criminalité, les possibilités sont légions.

C’est d’ailleurs dans ce dernier secteur en particulier que Palantir Technologies a fait ses armes, et ce, haut la main.

Palantir, une galaxie de clients discrets et d’activités nébuleuses

Selon une fuite de TechCrunch en 2015, la clientèle de Palantir se composait principalement, à l’époque, d’agences gouvernementales américaines, comme l’Air Force, les Marines, le SOCOM, la NSA, le FBI, la CIA, le CDC et le Department of Homeland Security.

« Quelle que soit la force de votre produit, il vous faut le soutenir avec un plan de distribution solide. »

Mais Palantir n’est pas exclusivement utilisé par les gouvernements ou les organismes chargés de l’application des lois. La solution de données de l’entreprise fonctionne également dans des activités très variées, ses services étant par exemple utilisés dans le secteur financier. On lui attribue notamment un rôle d’analyse dans l’affaire Bernard Madoff. Le Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ) utiliserait Palantir pour avoir un aperçu du commerce mondial et du trafic illégal d’organes. Plus récemment, le système de santé publique britannique a fait appel aux services de Palantir dans la gestion de la crise du Covid-19.

Palantir exécute aussi des contrats moins reluisants pour certains : on lui attribuerait notamment une aide technique envers les services d’immigration aux États-Unis. L’entreprise aurait visiblement fourni à cette agence des outils pour localiser et expulser les immigrants illégaux.

Bon nombre de ses accords clients incluent des clauses de non-divulgation en raison de la nature de leur travail. En conséquence, Palantir a tendance à rester très discrète, ne partageant presque aucune information sur la façon dont ses logiciels sont utilisés … ou sur ses propres finances. 

Bref, les activités de Palantir Technologies semblent diverses et variées, touchant un peu à tout, avec un portefeuille de clients qui, bien que peu transparent, semble ratisser large. Ce voile de mystères entourant Palantir est d’ailleurs ce qui explique que l’IPO prochaine de l’entreprise soit si sujette à discussion, notamment au regard de la juste valorisation de l’entreprise.

L’introduction en bourse (IPO) de Palantir Technologies

Le délicat exercice de la valorisation

La société envisage une introduction en bourse depuis quelque temps déjà. Jusqu’à récemment, l’IPO n’était pas attendue avant 2021 au plus tôt, mais les choses se sont accélérées début juillet. Palantir a en effet déposé un dossier confidentiel auprès de la SEC, l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers.

Notez cependant que l’avis de dépôt confidentiel ne signifie pas qu’une inscription publique est nécessairement imminente. Ce dépôt S-1 lui permet en effet de garder les informations privées jusqu’à ce que la date d’inscription des actions soit proche. Du coup, aucune information n’a été donnée sur le timing de l’offre, le nombre d’actions qui seraient mises en vente, le type d’introduction ou une quelconque fourchette de prix.

Valoriser une action cotée n’est pas toujours chose aisée. Valoriser une entreprise non cotée en vue d’un IPO est un art… Rendu difficile avec Palantir Technologie.

Pour toute IPO, la question principale que doit se poser l’investisseur est : quelle est la juste valeur de l’entreprise ?

Néanmoins, comment valoriser une entreprise comme Palantir Technologies, dont les activités restent peu concrètes financièrement et dont les chiffres ne sont pas accessibles à tout un chacun ? Grâce aux indices laissés par le private equity et l’inévitable documentation financière qui commence à poindre en vue de l’IPO.

Ainsi :

  • En 2015, la première collecte de fonds privée de Palantir évaluait cette dernière à environ 20 milliards de dollars, à 11,38 $ par action (légitimant son statut de licorne américaine) ;
  • En 2018, Morgan Stanley estime la valorisation de Palantir entre 36 et 41 milliards de dollars, là où d’autres fonds communs de placement la situaient entre 4,4 et 14 milliards de dollars ;
  • En 2019, l’entreprise a pris la décision inhabituelle de réduire le prix des options d’achat d’actions des employés à environ 6 $ par action, ce qui valoriserait l’entreprise à environ 11 milliards de dollars ;
  • En septembre 2019, second tour de table où l’entreprise visait une valorisation de 26 à 30 milliards de dollars.
  • Enfin, Palantir a récemment levé 550 millions de dollars en vue d’une prochaine introduction boursière. Dans un formulaire D, Palantir a déclaré avoir des engagements financiers en capital pour 411 millions de dollars supplémentaires.

Vous l’aurez compris, les écarts considérables de valorisation d’une année à l’autre mettent en évidence la nature subjective de l’évaluation des entreprises privées, qui plus est celles évoluant dans le secret, comme Palantir Technologies.

Quoi qu’il en soit, la société a levé au moins 3,3 milliards de dollars auprès de plus de 100 investisseurs depuis 2004. Les bailleurs de fonds derrière les milliards de Palantir comprennent notamment Founders Fund, la société de capital-risque créée par Peter Thiel et In-Q-Tel dont nous parlions plus haut. Mais nous y trouvons également Morgan Stanley, BlackRock, Tiger Global Management ou encore, plus récemment, Fujitsu et Sompo Holdings.

Les données disponibles, un infime aperçu

Au-delà de ses activités, Palantir offre également peu de visibilité au niveau financier … Ce qui n’est pas pour plaire à l’investisseur particulier.

En avril dernier, Palantir Technologies prévoyait de générer 1 milliard de dollars de revenus en 2020 et d’atteindre le seuil de rentabilité pour la première fois. Cette nouvelle offre aux marchés boursiers et aux investisseurs un peu de visibilité sur la santé financière de l’entreprise, en pleine crise du Covid-19. Ce chiffre représenterait une croissance de 35 % par rapport à 2019, une accélération par rapport à l’année précédente, a déclaré à CNBC une personne proche du dossier.

La grande majorité des contrats de Palantir sont à long terme (carnet de commandes de contrats pluriannuels d’une valeur de 2,2 milliards de dollars au 31 décembre 2019). Ce faisant, une part importante du chiffre d’affaires annuel de 2020 viendra des années précédentes (839 millions sur le milliard de revenus estimés), aidant Palantir à compenser les ralentissements de la crise actuelle. Qui plus est, l’entreprise disposait d’environ 1 milliard de dollars de liquidités fin 2019, de quoi l’aider à traverser la tempête.

Cotation directe, quésaco ?

Dans la liste des documents fournis à la SEC, il serait question d’une IPO à cotation directe ; en somme, une entrée en bourse qui repose sur le principe de ne pas émettre de nouvelles actions, sans levée de fonds. Les actions existantes, détenues par les investisseurs privés et les membres de l’entreprise, seront celles qui pourront être échangées dès l’entrée en bourse. Un peu à la manière de Spotify, en 2018. En tout, Palantir tenterait de lever plus de 950 millions de dollars au travers de cette opération.

Faut-il acheter l’action Palantir Technologies lors de l’IPO ?

Ce qui suit est un avis personnel rédigé par le rédacteur de cet article. Il n’est en rien une incitation à l’achat ou non de l’action Palantir Technologies lorsqu’elle sera cotée sur les marchés américains.

Partons du principe que la valorisation cible de Palantir soit de 36 milliards de dollars, comme l’estimait Morgan Stanley en 2018. Ceci correspondrait à un gain de valorisation de près de 20 % depuis la dernière levée de fonds, il y a un peu moins d’un an. Partons également du principe que l’entreprise sera cotée, sauf surprise, sur le NASDAQ.

Cette valorisation la classerait dans la classe des large-caps américaines (entre 10 et 100 de milliards de dollars de capitalisation) du secteur des technologies logicielles. On peut y trouver des entreprises comme Uber Technologies (57 milliards de dollars ), ServiceNow (84,33), Citrix Systems (18,68) ou encore Slack (17,46). Ce n’est pas rien, sauf que ces entreprises ont un modèle d’entreprise transparent, lisible, et ce, dès leurs débuts boursiers (même si Uber pouvait sembler quelque peu nébuleuse au départ).

L’un des rares calculs financiers que nous puissions réaliser à l’heure actuelle, au niveau fondamental, est une estimation du ratio Enterprise-Value-to-Revenue Multiple (EV/R), qui compare la valeur d’une entreprise à ses revenus. Il permet de déterminer si le prix d’une action est équitable, en répondant à la question : « À combien une entreprise est-elle évaluée pour chaque dollar de chiffre d’affaires ? ».

La valeur d’entreprise est ici estimée à 36 milliards de dollars. Nous ne connaissons pas les dettes de Palantir, et cette dernière disposait d’environ 1 milliard de dollars de liquidités fin 2019, ce qui fait que cette valeur EV/R est brute, non corrigée. Les revenus, pour 2020, sont estimés à 1 milliard de dollars. Nous arrivons donc à un ratio EV/R approximatif de 35x.

Ce ratio EV/R est très élevé. Il signifie que l’entreprise est potentiellement surévaluée au regard des données disponibles, et sur la base de données approximatives.

Il faut donc le prendre avec des pincettes, et devra certainement être revu à la baisse (notamment grâce au cash et à la dette de l’entreprise). En prenant les chiffres plus prudents des fonds de placements en 2018, le ratio EV/R retombe à 13x.

En guise de comparaison, voici quelques ratios EV/R d’entreprises américaines bien connues à l’heure d’écrire cet article (20 juillet 2020) :

  • Tesla : 11x
  • Apple: 6.0x
  • Alphabet: 5.5x
  • Uber : 3.3x.

Une telle valorisation pour Palantir la rendrait clairement survalorisée au vu de ses revenus actuels. Les marchés boursiers étant toujours tournés vers l’avenir, est-il envisageable de voir les revenus de Palantir se décupler dans les années à venir ?

Mise à jour 21 août 2020 : de nouvelles informations ont été rendues « publiques » par The Verge via un leak du dépôt S-1 de Palantir. En bref, ce document montre que Palantir a réalisé un chiffre d’affaires de 742,5 millions de dollars en 2019, une augmentation de 25 % par rapport à la même période un an plus tôt. De ce CA, 345,5 millions de dollars proviennent de travaux avec le gouvernement américain et 397 millions de dollars de clients commerciaux. Mais cela n’est pas suffisant pour couvrir les dépenses ; la société a enregistré une perte nette de 580 millions de dollars. Cette perte nette s’explique en partie par les dépenses marketing – 450 millions de dollars en marketing en 2 ans. Ceci tend encore plus le ratio EV/R dont nous parlions plus haut (> 45x).

Conclusion

L’introduction en bourse de Palantir était attendue depuis longtemps. Des rumeurs concrètes pointaient déjà en 2019 pour une introduction en bourse au second semestre de la même année, lorsque les banques d’affaires avaient évalué la société à 36-41 milliards de dollars. D’autres informations laissaient a contrario entendre une valorisation entre 8 et 12 milliards de dollars, bien en deçà.

Palantir semble quoi qu’il en soit sur le point d’entrer en bourse, courant du mois d’août ou, plus vraisemblablement, de septembre. Cette IPO s’annonce comme l’une des plus attendues de l’année 2020, mais également l’une des plus compliquées à cerner. Elle devrait en tout cas apporter un peu de lumière sur le modèle d’entreprise de Palantir Technologies.

Pour l’investisseur privé, le risque et le manque de visibilité semblent trop importants pour se risquer à participer à l’IPO. Les plus audacieux pourront bien sûr tenter le coup, mais mieux vaudra attendre un peu que le soufflet de l’introduction retombe, que les prix se normalisent et que plus d’informations soient disponibles. Ceci, afin de pouvoir réaliser une vraie analyse des fondamentaux de Palantir Technologies. La grande inconnue est en effet la valeur actuelle de l’entreprise, et c’est un problème pour tout bon investisseur.

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Medenor

Administrateur d’Investiforum

De son vrai nom Raphaël, Medenor est investisseur depuis 2017 et passionné par la Bourse. Plutôt orienté analyse fondamentale, c’est un vrai touche-à-tout !


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