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NVIDIA Rachète Arm : analyse d’un Méga-Deal à 40 Milliards de Dollars

NVIDIA et SoftBank ont annoncé avoir trouvé un accord au travers duquel NVIDIA acquerra Arm via une transaction évaluée à 40 milliards de dollars. En résulterait la création d’une société technologique de premier plan dans l’intelligence artificielle, les GPU et les CPU. Analyse du deal du siècle qui façonnera le futur de l’informatique.

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Table des matières

Les protagonistes du deal

NVIDIA

NVIDIA est loin d’être un inconnu dans l’univers des semiconducteurs. Vous connaissez d’ailleurs peut-être cette marque via son rôle de fournisseur de cartes graphiques équipant nos ordinateurs personnels. Ces dernières années, l’entreprise a également bénéficié de façon inattendue de l’essor des cryptomonnaies, via le minage de Bitcoin qui, au début, reposait sur l’utilisation de processeurs graphiques.

Mais réduire NVIDIA à ses cartes graphiques serait une erreur, tant l’entreprise s’est diversifiée pour s’ériger en leader de l’informatique au sens large. Ainsi, en plus de concevoir des processeurs graphiques pour ordinateurs et consoles (qu’elle revend ensuite aux fabricants de cartes graphiques), NVIDIA est également active dans les processeurs de mobilité, les supercalculateurs et centres de donnée, l’intelligence artificielle, les voitures autonomes, etc.

Revenus de NVIDIA entre 2005 et 2019 (en milliards de USD)

Mix du chiffre d'affaire sur l'année fiscale 2020

Et NVIDIA ne s’arrête pas en si bon chemin : l’entreprise a récemment dévoilé ses nouvelles Geforce RTX 3070, 3080 et 3090, reposant sur la nouvelle architecture Ampère, poussant encore plus loin les performances graphiques et les limites technologiques.

Arm

Arm est quant à elle la société à l’origine de l’architecture ARM. En pratique, Arm ne produit pas de puces (ce n’est pas un fondeur), mais en conçoit les plans, le design technique (l’architecture). Arm revend ensuite ses plans à d’autres sociétés sous forme de licences de propriété intellectuelle (IP). Ces sociétés doivent alor payer des frais à Arm pour utiliser le design de base sur lequel construire leur propre puce.

Ces design et l’architecture ARM sont à la base d’une multitude de processeurs mobiles car, historiquement, leurs designs font que les processeurs Arm sont peu gourmands en énergie. Dès lors, ils sont utilisés dans la fabrication de smartphones, de PC portables, serveurs, systèmes biométriques, smart TV, électroménagers, montres intelligentes et autres appareils de l’Internet des Objets (IoT). Vous êtes probablement entouré de produits basés sur Arm à l’heure de lire ces lignes : votre téléphone, votre écran, votre souris, etc., sont potentiellement basés sur un processeur ARM.

Parmi les clients d’Arm, citons AMD (un concurrent direct de NVIDIA), Samsung, Qualcomm, STMicroelectronics, Huawei, IBM, Intel (un autre concurrent direct de NVIDIA), Samsung, Amazon AWS et plus encore ; même Apple est de la partie depuis peu ! Et parmi tous ces grands clients, nous retrouvons … NVIDIA. 

Top 5 des vendeurs de design de microprocesseurs en 2019, en parts de marché (source : IPnest 2020)

Arm est tout sauf un petit poisson. Par le passé, sa domination des parts de marché dans le design de microprocesseurs est même montée à 50 %.

Ventes nettes trimestrielles d'Arm dans le monde entre 2017 à 2020, en millions de USD (source : Statista 2020)

SoftBank Group

Si vous suivez l’actualité boursière, vous avez du récemment entendre parler de SoftBank Group. Cette société holding japonaise détient des participations dans de nombreuses sociétés technologiques, énergétiques et financières. Elle gère également Vision Fund, le plus grand fonds de capital-risque axé sur la technologie au monde, avec plus de 100 milliards de dollars de capital répartis dans les secteurs de l’IoT, de l’IA, de la robotique, des applications mobiles, des biotechnologies, des fintechs et des données au sens large.

Masayoshi Son, CEO de SoftBank Group
Masayoshi Son, CEO de SoftBank Group

Citons ByteDance (l’entreprise derrière Tiktok), Slack, WeWork, Auto1, DoorDash ou encore Uber. L’entreprise possède également de grosses positions dans T-Mobile US, Yahoo! Japan et Alibaba Group.

L’entreprise est également active dans les acquisitions. Ainsi, en juillet 2016, son CEO Masayoshi Son annonçait l’achat d’Arm pour plus de 32 milliards de dollars américains. À l’origine britannique, Arm était depuis considérée comme l’un des joyaux de SoftBank Group.

Caractéristiques financières du rachat d'Arm par NVIDIA

Un joyau d’autant plus resplendissant au regard du prix de rachat d’Arm par NVIDIA, à hauteur de 40 milliards de dollars américains, soit 8 milliards de gains (~ 25% de plus-value). SoftBank Group réalise donc une belle affaire via cette vente dont les grandes lignes du deal sont les suivantes :

NVIDIA est le partenaire idéal pour Arm. Depuis l'acquisition d'Arm, nous avons honoré nos engagements et investi massivement dans les ressources humaines, la technologie et la R&D, développant ainsi l'entreprise dans de nouveaux domaines à fort potentiel de croissance [...] Nous sommes impatients de soutenir la poursuite du succès de l'entreprise combinée.

Masayoshi Son, CEO de SoftBank Group

Un monde d'opportunités pour NVIDIA ?

En pratique, que pourrait apporter Arm à NVIDIA ? Quelle peut être la stratégie derrière ce rachat ?

Dit simplement, NVIDIA va désormais avoir un pied dans tous les secteurs qui comptent dans les technologies de l’information. En effet, la nouvelle entité NVIDIA-Arm sera active ou plus impliquée dans les segments des serveurs au sens large, des ordinateurs personnels, des smartphones et des technologies mobiles/embarquées. Les promesses en IA et en mobilité autonome sont également incroyables.

En associant les capacités de calcul par IA de NVIDIA au vaste écosystème CPU d'Arm, nous pouvons faire progresser l'informatique du cloud, des smartphones, des PC, des voitures autonomes et de la robotique, de l'IoT de pointe et étendre l'informatique par IA au monde entier.

Jensen Huang, CEO de Nvidia

NVIDIA ne s’en cache pas : c’est suite à son succès croissant sur le marché des serveurs que son intérêt envers Arm s’est matérialisé en rachat. NVIDIA s’attend à ce que le marché des serveurs reste une opportunité à forte croissance. Grâce à sa capitalisation boursière dépassant les 300 milliards de dollars, elle pouvait aisément acquérir Arm pour intégrer cette future division dans ses plans de développement, notamment dans les serveurs et centres de données.

Gain d’efficacité énergétique, amélioration des synergies CPU/GPU, accroissement du portefeuille client, les avantages étaient et restent nombreux. Certains crieront d’ailleurs, à juste titre, à un début de position dominante néfaste pour le marché. Quoi qu’il en soit, Arm pourrait devenir la dernière pièce du puzzle qui permettra à NVIDIA de créer des architectures intégrées, plus efficaces et plus intelligentes, en accord avec la vision de Jensen Huang vis-à-vis de l’avenir de l’informatique.

Le grand perdant de cette acquisition restera définitivement Intel qui, déjà en perte de vitesse, se verrait désormais attaqué de plein front par l’attelage NVIDIA/Arm, alors qu’AMD lui taillait déjà les croupières en bonne et due forme.

Attention à la décision des autorités

Tout ça semble merveilleux, tout le monde semble d’accord, les conseils d’administrations des différentes parties ont avalisé le rachat. Mais il serait malvenu de négliger l’avis des autorités !

Il reste en effet une ultime bataille à gagner sur le front de la réglementation. Vu l’ampleur de l’acquisition, l’accord est susceptible de susciter une attention particulière de la part des autorités antitrust du monde entier, principalement celles du Royaume-Uni, de la Chine, de l’Union européenne et des États-Unis. Et il n’est pas dit que tous les clients d’Arm voudront rester une fois l’entité NVIDIA/Arm créée. Garder le portefeuille d’Arm sera crucial pour maintenir un pied dans les milliards d’objets basés sur l’architecture ARM.

Conclusion

La transaction sera finalisée dans environ 18 mois, selon NVIDIA. D’ici là, il conviendra de surveiller les développements réglementaires qui constituent l’ultime frein à cette acquisition d’envergure. Cette dernière devrait constituer un jalon technologique et économique dans l’informatique.

Dans tous les cas, NVIDIA est d’ores et déjà entrée dans l’histoire, puisque l’accord de 40 milliards de dollars est le plus gros accord jamais réalisé dans le secteur des semi-conducteurs.

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