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Faut-il rester pleinement investi en cette période d’incertitudes boursières ?

Timer le marché. Graal pour certains, gageure pour d’autres. Alors que nous entrons dans la onzième année du cycle haussier actuel, de plus en plus d’investisseurs se détournent des actions pour tenter de timer le marché, soit essayer de prédire la direction que va prendre ce dernier et ainsi de pouvoir acheter ou vendre au bon moment.  Hélas, comme à de nombreuses reprises par le passé, ce comportement est particulièrement dangereux et devrait être évité par les investisseurs individuels, d’autant plus en période de troubles ou d’hésitations comme c’est le cas à l’heure de rédiger cet article.

En note préliminaire, le rédacteur signale que cet article est un billet d’humeur personnel qui n’engage que lui.

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Faut-il rester sur les marchés, oui ou non ?

Les marchés boursiers ont atteint des sommets historiques ces derniers temps, la courbe de rendement a récemment été inversée et les craintes de récession ne font qu’augmenter. La grande question qui agite les marchés est de savoir s’il est désormais temps ou non de sortir du marché actuel, en pleine ébullition.

Première chose à avoir en tête : si vous êtes un investisseur de court terme, cet article et son contenu ne vous sont pas destinés puisque les règles et les enjeux à court terme sortent du cadre de la réflexion qui va suivre.

A contrario, si, comme moi vous êtes un investisseur axé sur le long terme, alors la réponse à la question de notre article est un oui, clair et limpide, pour 5 raisons que nous allons détailler ci-après.

Cinq raisons qui étayent notre réponse « Oui »

Timer le marché est impossible

Il est  impossible de prévoir l’orientation des marchés. Comme le démontre une analyse du gestionnaire de fortune BlackRock, manquer ne fusse que quelques séances pourraient avoir un impact négatif sur un investissement s’il s’avère que les séances en question constituaient des jalons clés au sein d’un cycle.

Investissement hypothétique de 10 000 € dans l’indice MSCI Europe entre 1997 & 2016 (source)

Tenter d’anticiper une crise ne mène qu’à une chose : rester sur la touche en pleine ascension. Les bourses montent annuellement plus souvent qu’elles ne baissent, et cette hausse est souvent plus marquée avant une baisse. Identifier le creux d’une baisse est tout aussi illusoire que d’anticiper la crise. Mieux vaut donc attendre patiemment un rebond, car ce dernier viendra toujours, tôt ou tard.

Ainsi, le dernier cycle baissier démarré en juin 2008 (lorsque l’indice Dow Jones Industrial Average avait chuté de 20% par rapport au sommet atteint le 11 octobre 2007) a atteint un point bas sur le marché le 6 mars 2009, après avoir perdu plus de 54% de sa valeur depuis le sommet. Le marché baissier s’est ensuite inversé 3 jours plus tard, le 9 mars 2009, avec un rebond de l’indice de plus de 20%. Après le 9 mars, l’indice S&P 500 était en hausse de 30% à la mi-mai et de plus de 60% à la fin de l’année. Et cette inflexion de tendance n’aurait pas pu être prédite, même à grands renforts d’analyses techniques, par les investisseurs particuliers que nous sommes. Par les grandes banques, peut-être. Même si les événements du passé peuvent faire douter sur ce point.

Warren Buffett est sans doute l’investisseur le plus prospère au monde et il a toujours été investi de manière constante, se moquant des gourous adeptes du timing des marchés. Il investit chaque année, en bien et en mal.

Timer le marché est impossible. Néanmoins, une alternative pourrait exister, via les investissements périodiques. Pour plus de détails, nous vous invitons à lire notre article dédié : Épargner en fonds mensuellement : avantages et inconvénients de l’investissement fractionné.

Ne pas être investi est aussi « risqué » que d’être sur les marchés

Nous sommes d’accord qu’à court terme, conserver des liquidités représente un choix sûr, à l’abri de la volatilité. Mais sur le long terme, c’est une tout autre histoire. Un dollar investi en 1913 équivaut à plus de 25 dollars aujourd’hui. Malgré plusieurs krachs, plusieurs récessions. L’inflation, toujours elle, constitue le vrai ennemi des liquidités sur le long terme. Détenir des liquidités dans le cadre d’une stratégie globale de portefeuille est essentiel, mais être 100% est une très mauvaise idée. Encore une fois, le risque est de rester sur la touche : se retirer trop tôt doit être mis en balance avec les avantages de rester investi. Au lieu de sortir des marchés et basculer dans le 100% cash, pourquoi ne pas envisager une rotation sectorielle ? Ou de passer en mode défensif ?

Il y a par contre un aspect en faveur de l’argument de la conservation de liquidités : ne pas faire faillite en cas de krach boursier. Si vous êtes à la retraite ou si vous n’avez pas un revenu régulier qui supporte vos dépenses régulières, il est évidemment plus sage de garder une partie de votre argent dans autre chose que des actions, comme un « fond d’urgence » (un compte épargne avec 6 mois de subsistance afin de pouvoir couvrir des dépenses imprévues sans exploiter vos investissements, emprunter de l’argent ou vendre quelque chose). Cependant, cet article concerne l’argent que vous pouvez investir en toute sécurité, en dehors de l’équation de la vie quotidienne et de ses coûts.

Sur le long terme, l’immobilier et les actions sont toujours gagnants

À court terme, il reste très difficile de prédire quoi que ce soit en termes de rendement d’un actif : tout peut basculer du jour au lendemain à cause d’une mauvaise nouvelle, de mauvais résultats ou d’événements micro-/macro-économiques. À long terme, il est par contre très clair que les investissements en actions surperforment les liquidités et les obligations. Avec l’immobilier direct, il est d’ailleurs possible de calculer un rendement attendu à long terme de manière assez simple sur la base des coûts d’emprunts et de financements. Avec l’immobilier indirect (les SIR belges, les REITS américains ou encore les SIIC françaises), une autre corde peut être ajoutée à l’arc de l’investisseur de long terme, d’autant que ces produits très défensifs se comportent généralement assez bien en tant que valeurs de fond de portefeuilles.

Il y a quelques semaines, des économistes de Credit Suisse et de la London Business School ont d’ailleurs prouvé qu’entre 1900 et 2019 (soit 119 années), ce sont bien les actions qui ont été les plus rentables parmi tous les actifs, en ce compris l’immobilier. Et ce, malgré deux guerres mondiales et deux crises financières globales. L’étude pointait cependant que le surplus de rendement des actions par rapport aux obligations et au cash devrait se réduire à l’avenir. Et toutes les classes d’actifs devraient afficher des rendements plus faibles.

Rendement total cumulé des actions, obligations et bons de caisse de 1900 à 2018 sur le marché américain
Ce graphe montre le rendement total cumulé des actions, obligations et bons de caisse de 1900 à 2018 dans le premier marché mondial des capitaux, les États-Unis. Clairement, les actions ont mieux performé : un investissement initial de 1 $ en 1900 a atteint 44 663 $ en termes nominaux en 2018. La légende du graphique montre les rendements annualisés, corrigés avec l’inflation (source).

Nous sommes des investisseurs, pas des traders

« Achetez seulement des choses que vous serez parfaitement heureux de posséder si le marché s’effondre pendant 10 ans. »

– Warren Buffet

Cette citation très connue de Buffett est simple à comprendre et à appliquer dans notre quotidien d’investisseurs : notre but est de dénicher un rendement le plus élevé et durable possible. Dans le choix de ses acquisitions, Warren Buffett raisonne en général sur la longue durée. Il se méfie des retournements conjoncturels de marché et mise sur une valorisation de ses investissements sur le long terme. L’approche court-termiste n’a pas cours dans ce schéma de pensées.

Ainsi, les soubresauts actuels ne doivent pas dicter la façon d’investir de l’investisseur. Ce dernier doit avoir un plan préalablement établi, une stratégie qu’il est primordial de continuer à appliquer en faisant fi des circonstances de marché. Les baisses font partie du voyage.

La discipline est le vrai problème de fond

Nous sommes humains. Les émotions ont tendance à dicter notre comportement et c’est là que réside l’importance de la discipline et du suivi strict de la stratégie d’investissement établie, car la vente panique est la pire chose que vous puissiez faire. Prenez donc le temps de définir votre plan d’investissement et votre profil de risque en adéquation avec votre personnalité et vos projets. À cet effet, nous vous invitons à lire notre article connexe : Allocation d’actifs stratégique et tactique pour l’investisseur particulierLorsque vous aurez défini une stratégie d’investissement solide et qui vous convient, tenez-vous-y. Le marché ira parfois contre vous, mais il faudra garder la barre pour rester sur la bonne voie à long terme.

Grâce à l'allocation tactique et stratégique, il est possible de mieux gérer les fluctuations et le risque, au bénéfice de votre rendement

Rester discipliné est plus facile à dire qu’à faire. Dès que la panique s’empare du marché, les gens commencent à vendre et les actions peuvent facilement chuter de plusieurs dizaines de pour cent. Moi-même, j’ai souffert de ce problème à plusieurs reprises ces dernières années à la suite d’une mauvaise définition de mon plan d’investissement et de mon profil de risque. Désormais, malgré les soubresauts actuels et la guerre commerciale sino-américaine, je reste discipliné.

Cela passe par 4 points :

  1. Renforcement/réalignement du portefeuille : en repositionnant le capital vers des investissements moins risqués, en surpondérant des secteurs plus défensifs et en renforçant la diversification.
  2. Construction d’une réserve de cash : je reste entièrement investi et ne prévois pas de vendre (voir point n°2 de l’article). Cependant, je convertis une partie de mes revenus mensuels pour constituer des réserves de liquidités à des fins opportunistes.
  3. Diversification dans d’autres catégories d’actifs : dans mon cas, cela passe par l’achat d’or (indirectement, via des d’actions d’entreprises minières), l’immobilier (d’autant plus intéressant au vu des taux bas) ou encore via du crowdfunding/crowdlending de projets financiers.
  4. Travail psychologique: j’accepte désormais qu’il y ait des hauts et des bas inévitables. Mais, étant investi à long terme, je passerai outre. J’avouerai cependant qu’investir mensuellement en fonds, sans être guidé par mes émotions, est très appréciable à ce niveau.

Conclusion

La vraie richesse se construit jour après jour, au cours des bonnes et des mauvaises années; les récessions et les récupérations; les hauts et les bas. Avec une planification appropriée, le prochain marché baissier ne sera pas une crise, mais plutôt une opportunité. Cela peut sembler cliché, mais au bout du compte, l’objectif d’un investisseur est, encore une fois, de dénicher un rendement le plus élevé et durable possible. Cela passe par l’achat opportuniste, en mettant l’accent sur la performance à long terme. De toute façon, nous pouvons être sûrs d’une chose : une récession viendra. Dans quelques mois, dans un an, dans quelques années. Le tout est d’y être bien préparé et de savoir en tirer profit.

Pour finir, une ultime citation de Warren Buffett que j’affectionne particulièrement :

« Le risque provient de ne pas savoir ce que l’on fait. »

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